En vacances à New York, la comédienne Evelyne Brochu (la tentatrice bombshell de Mirador? la Jolianne d’Aveux? la meilleure amie dans Polytechnique?) nous livre un journal d’impressions. Une première de trois parties: l’actrice à Brooklyn suit les traces d’Al Pacino et de l’élusive coolness.

SUCCOMBER À LA TENTATION
Une des grandes beautés de l’éloignement est l’enorgueillant sentiment de perspective. Comme si le voyageur pouvait se laisser aller à un petit côté philosophe jusque-là ignoré. Ainsi, loin des contraintes aveuglantes du quotidien, et plongé dans un milieu où sa principale occupation est d’observer, le voyageur devient malgré lui : penseur.
J’ai moi-même succombé à la tentation. Je suis présentement en cours de périple, en plein cœur d’un quartier de Brooklyn nommé Williamsburg. Bien qu’émerveillée et happée et emballée et électrifiée par mon aventure, je me suis malgré tout abandonnée à la réflexion du globe-trotter. Je me suis même arrêtée à un sujet précis. Comme je suis plongée dans son apparent centre névralgique, j’ai cru bon me poser la question suivante : qu’est-ce que le cool new-yorkais?
Il faut savoir qu’à Williamsburg, le cool est l’attraction principale. Par-delà l’architecture, les lieux de rassemblement, les restos, le shopping et autres points d’intérêts touristiques habituels, tout en haut de la liste se trouve l’omniprésence du cool.
Les week-ends, on peut même distinguer une sorte de tourisme du cool où des gens de Manhattan, vêtus de leur kit le plus hip, déambulent sur Bedford comme si de rien n’était. Précisons maintenant que je fais aussi partie de ces subtils wannabes; peut-être suis-je en moi-même une sorte de sous-groupe, puisque je suis venue de Montréal? Enfin… Et précisons aussi que j’ai lu un article dans une petite revue urbaine gratuite qui parlait d’un quartier où les «post-Willamsburg-hipsters» choisissaient dorénavant de s’installer. Comme de quoi par ici, le cool, tel une grenouille, est fuyant.

Guy, dessiné par Agathe Bray-Bourret
LE PRINCE DU COOL
Permettez-moi de vous présenter Guy, le Prince du cool. Évidemment on dit «Guy» comme dans «Guy Richie» et non comme dans «Guy Lafleur». On n’appartient pas à la noblesse stylistique sans avoir un titre à la hauteur. Guy donc, ô grand manitou du «in», est un photographe, il est peigné comme dans un film des années quarante, porte une lourde chaîne-barrure-de-vélo autour du cou, roule les manches de son veston et en moins de dix minutes il m’accroche au cou une espèce de mini chaînette en me disant «Someone gave this to me, it’s about time I pass it on.»
Prometteur me direz-vous? Tout à fait. J’ai cru la même chose lors des premières dix minutes. Ainsi, nous avons été dans un restaurant ultra-chic «It was so hip ten years ago. Even Al Pacino was here, but now it’s a classic.» A classic indeed… la cuisine franco-vietnamienne était parfaitement réussie, les serveuses complètement intrigantes, le décor chaleureux et subtil, il ne manquait seulement qu’Al Pacino.
Nous avons poursuivi notre veillée dans un bar. Suivant notre gourou nous avons eu accès à une petite porte dans le fond de l’endroit qui menait à une partie plus – et c’est le cas de le dire – «underground» dudit bar. Seulement, nous a dit un peu plus tard notre chef alors qu’il nous entrainait vers la sortie après avoir pris seulement deux gorgées et demie de nos drinks, c’était «too crowded». «This place used to be perfect just five years ago.» C’est à ce moment qu’il nous est apparu évident que notre guide touristique en était un bien malgré lui et qu’il aurait préféré passer la soirée avec ses trois filles et sa blonde suédoise – elle aussi photographe.
Le pauvre passe plusieurs minutes à fixer le vide, à la recherche de recommandations branchées qu’il nous divulgue d’un air blasé. «You should go to Freemans, apparently it’s happenning there. But I wouldn’t know, I’m a family man.» Family is so trendy… Il était gentil, Guy, serviable et patient. Mais comme on dit, «il n’étais pas dedans». On ne peut pas être cool en permanence.
par Evelyne Brochu






